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Cette école d'Arts Martiaux Traditionnels a été fondée à Bordeaux en 1975 par Frédéric DUPERTOUT. Par la forme et par l'esprit, elle ne le cède en rien aux écoles traditionnelles d'arts martiaux que l'on rencontre au Japon. Le karaté, le ju jitsu que l'on y enseigne sont issus des plus vieilles techniques que le Maître SANO Teruo reçut de ses anciens maîtres, et qui furent rassemblées sous le nom de "YOSEIKAN SANO RYU " - et plus récemment - "SANO RYU KARATE JUTSU" _________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________ A PROPOS DU COPYRIGHT... Les éléments contenus dans le présent site (textes, photos, images, dessins, vidéos, sons), sauf bien sûr ceux relevant du domaine public, sont la propriété exclusive des Ecoles Bushido ou de leurs auteurs/créateurs. Ils sont issus des collections et archives privées de Maître Frédéric Dupertout, de Maître Mireille Auda, des éditions du Cercle du Jardin Public et de l'association des Ecoles Bushido. Toutes ces archives sont soumises au droit d'auteur. Elles ne peuvent en aucun cas être reproduites, modifiées, diffusées sans l'autorisation écrite et préalable des ayants droits

samedi 23 novembre 2024

POUR NE PAS OUBLIER, UN TEXTE ECRIT EN SEPTEMBRE 2021........ TRAVERSER LA PEUR

 
RAPPELONS-NOUS : CE TEXTE A ETE ECRIT EN SEPTEMBRE 2021...
 
 
La période désagréable - je dirais même carrément infecte - que nous vivons depuis de longs mois affecte de façon inégale la vie de la plupart d'entre nous. Elle est d'autant plus difficile à supporter que nous ignorons quelles en seront les conséquences, si il y aura une conclusion heureuse, et quand...

Sans toutefois s'étendre sur la nature exacte de ce désastre (je pèse mes mots), je crois que la première question à se poser est : comment résister psychologiquement quand les choses tournent vraiment mal ?

Nous voyons déjà que certains, à bout de ressources matérielles et morales, deviennent suicidaires, ou même passent carrément à l'acte. A l'inverse, d'autres, peut-être parce que jusque là tout va à peu près bien pour eux, d'autres, donc, évitent soigneusement de regarder la réalité en face et se réfugient dans un égocentrisme routinier à courte vue. En fait, chacun fait ce qu'il peut pour composer avec LA PEUR.

Et c'est là que l'on peut voir l'intérêt qu'il y a à être un karatéka et non pas seulement un passionné de karaté.

En effet, il y a trois qualités consubstantielles au karaté :

1/ Le karaté recherche l’accomplissement de soi, particulièrement dans les moments difficiles, sans se couper des autres ni des événements.

2/ De manière générale, la perception du monde se modifie en harmonie avec la conscience. Chez le karatéka cette conscience est une autre forme de connaissance.

3/ La conscience du karatéka tend vers une connaissance vaste et immédiate. En présence de quelqu'un on sait qui il est sans avoir recours à l'expérience, trop ancrée dans le passé pour être fiable, ou à la déduction.

Les karatékas devront méditer là dessus pour comprendre d'où vient cette densité intérieure.

Ceci étant, il existe des formes extérieures tout à fait triviales, qui seront indispensables pour encadrer, pour faire entrer dans la matière ce qui, sinon, resterait dans le rêve.


VOICI PRECISEMENT CE QUE NOUS DEVELOPPONS LORS DE NOS ENTRAINEMENTS.



mercredi 21 juin 2023

MEME DANS LA DEFAITE, LA SOUVERAINETE

Il est très facile d'avoir l'air avantageux lorsque tout nous sourit – amours, argent, santé -, et plus encore suite à une victoire. Et si de surcroît cette victoire est méritée (ce qui ne veut pas dire grand chose), on aura tendance à tenir la tête haute et le regard fier. Ceci est valable quel que soit le contexte où l'événement s'est produit.

Très peu de gens sont conscients du fait que c'est au soir des grandes victoires que l'on prépare les grandes défaites (éventuellement méritées, ce qui, là non plus, ne veut pas dire grand chose).

Un désastre amène généralement une attitude, un comportement caractéristique par lequel on reconnaît tout de suite un vaincu. Il est à noter qu'un vaincu peut être occasionnel ou chronique...

Ce qui précède peut facilement être constaté un peu partout, mais la question qui devrait venir à l'esprit est : quel comportement sera le mien le jour du désastre, de la déroute ? Serai-je effondré ou, au contraire, saurai-je donner le change ?

Il est bien difficile de répondre à une telle question mais peut-être est-elle mal posée, car tout cela n'est pas seulement une question d'attitude extérieure forcée, ce » qui ne serait déjà pas si mal, mais bien plutôt l'expression d'une réalité intérieure qui transparaîtra tout naturellement.

J'ai en mémoire un tableau célèbre montrant la reddition de Vercingétorix sur son cheval blanc, jetant ses armes aux pieds de César. Dès cet instant, sa fin sera sordide, affreuse, mais ce que les générations futures retiendront, c'est l'attitude de celui qui, au moins à cet instant, ressemble à un vainqueur, à un souverain.

Lionel Royer (1852-1926) : Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César

 

Plus près de nous, Clément Marot (1) nous a laissé ce poème en huit vers (un huitain), jamais oublié depuis mon adolescence. Il s'agissait des derniers instants du sire de Semblençay, faussement accusé lors d'un procès truqué et conduit au gibet de Montfaucon par le lieutenant Maillart :

Lorsque Maillart, juge d'Enfer, menoit
À Monfaulcon Samblançay l'ame rendre,
À votre advis, lequel des deux tenoit
Meilleur maintien ? Pour le vous faire entendre,
Maillard sembloit homme que mort va prendre
Et Samblançay fut si ferme vieillart
Que l'on cuydoit, pour vray, qu'il menast pendre
À Montfaulcon le lieutenant Maillart (2)

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(1) Clément Marot : poète français (1496 – 1544)
(2) Lorsque Maillart, juge d'enfer, menait / A Montfaucon Semblançay l'âme rendre / A votre avis, lequel des deux tenait / Meilleur maintien ? Pour le vous faire entendre / Maillard semblait l'homme que mort va prendre / Et Semblançay fut si ferme vieillard /Que l'on croyait, pour vrai, qu'il menait pendre / A Montfaucon le lieutenant Maillart

jeudi 25 mai 2023

NE PAS CONFONDRE LE BUT ET LES MOYENS

L'unique but du karate est de gagner, ou tout au moins de ne pas perdre.

L'unique but... Mais on ne peut y arriver que par un très vaste ensemble de moyens (physiques, psychiques, émotionnels, culturels, intuitifs, politiques, sociaux, etc. Que penser d'un enseignement qui, volontairement, ou inconsciemment, laisse de côté tous ces aspects de la vie, qui se refuse à étudier tout le contexte inévitable qui paraîtrait hors sujet, hors de propos ?

Eh bien, nous aurons là une conception réductrice, sportive, rétrécie de ce qui, dès lors, ne pourra pas répondre à ce que l'on serait en droit d'attendre de cet héritage ancestral.

Il faut beaucoup de choses pour faire un homme. Et encore beaucoup d'autres choses pour faire un karateka. Gagner une compétition, surtout à haut niveau, est bien sûr très difficile et on peut saluer l'exploit. Mais dans la vie réelle, où les règles changent constamment, être un champion ne suffira pas, tout simplement car l'Adversaire (avec un grand A) se présentera sous d'innombrables formes, souvent les plus inattendues.

Cet esprit compétitif nous a tellement influencés qu'on en arrive à admettre que la vie est un combat. Dans certains cas, c'est tout à fait exact, et là, il faut absolument gagner, mais le combat devra être considéré dans sa globalité, que ce soit pour son aspect physique (agression de rue) ou pour toutes les innombrables variétés de désastres dont la vie est remplie.

Les principes du karate s'appliquent à toutes les situations, encore faut-il avoir compris et admis que si le but semble évident, le moyen est de cesser d'être un individu ordinaire pour devenir un karateka.

Et ça, c'est parfois un peu long !


dimanche 27 décembre 2020

JEUNESSE

Le texte qui suit est du poète américain Samuel Ullman (1840 -1924) et s'intitule "Youth".

Le général Douglas MacArthur (1880 - 1964) chérissait ce poète, et particulièrement ce poème* qu'il avait accroché sur le mur de son bureau à Tokyo (1945) quand il devint commandant suprême des forces alliées au Japon.

 

   
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(*) au point qu'il lui fut attribué, tant ce poème l'inspira sa vie durant.



mardi 6 octobre 2020

VERS UN AUTRE PARADIGME (*)

 (*) du grec "Παράδειγμα", paradigma : modèle, exemple.
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Un paradigme est un cadre de pensée, une vision de ce qui nous entoure, dans lequel nous avons généralement pris nos habitudes, c'est-à-dire dans lequel nous nous sommes fait piéger.

Les habitudes ne sont pas toujours mauvaises, certaines sont même indispensables tout au long de la vie. On les connaît. Par contre, un cadre de pensée doit évoluer avec les circonstances, les lieux, les climats, etc. tout change, tout est instable, tout bouge dans l'univers et un objet fixe et rigide dans un ensemble en mouvement sera inadapté et vite inutilisable.

Nous le voyons dans le karate, qui suit les règles de la nature et doit s'y conformer pour être efficace.

Mais nous entrons dans une période nouvelle, très différente de celle qui a précédé. Tout y est instable, difficile à prévoir, impossible à organiser, et le premier réflexe est de s'immobiliser dans l'attente de circonstances plus conformes à ce que nous connaissons. En bref, un retour "à la normale".

Ce retour n'est pas impossible, mais peu probable. Un pari risqué. Nous nous trouvons confrontés à deux problèmes (entre autres) : 

Le danger d'agression, en nette augmentation (120 attentats à l'arme blanche, en France, par jour) ;

◊ La perspective de fermeture périodique des salles de sport et d'arts martiaux.

Ces deux éléments sont d'autant plus difficiles à vivre que tout le pays est dans une période morose. On parle parfois de "traverser" une mauvaise période. Je crois que c'et une erreur : quand on traverse, on finit par sortir, alors que je serais surpris de voir un retour au statu quo ante.

Alors, que penser, que faire ? C'est finalement assez simple à comprendre :

1°/ S'entraîner, non plus pour faire un peu de sport, mais bien dans l'esprit de ceux qui ont imaginé le karate : survivre.

2°/ Prendre exemple sur les animaux dans la nature : quand il y a suffisamment à manger, ils se goinfrent sans la moindre retenue. Et quand il n'y en a pus, ils jeûnent.

Pour nous, ce sera pareil, pendant un temps impossible à prévoir et quand le dojo sera ouvert on pourra en profiter le plus possible en prévision des périodes de restriction. Cela nous éloigne peut-être de l'organisation habituelle (tel jour, tel jour et tel jour...), mais je ne crois pas que l'on puisse faire autrement.

Si l'on veut rester efficace !
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dimanche 29 mars 2020

QUAND TOUT VA (VRAIMENT) MAL..

J'ai toujours pensé - et l'expérience me le confirme largement - que pour un combattant la force de l'esprit était plus importante que la capacité de combat proprement dite. Déjà, pour gagner concrètement au cours d'une agression (subie ou provoquée), la force mentale sera la base de tout. Mais elle le sera plus encore pour résister à cet effondrement général qui se profile peu à peu quand les choses tournent mal et que la situation est presque désespérée.

Ceux qui savent de quoi ils parlent soutiennent qu'il y a peu de différence, dans le fond, entre les différents aspects que peut présenter une situation dangereuse.

Vous voulez apprendre à vous battre ? Entraînez-vous ! - Vous n'en avez plus envie ? Voilà la défaite car le moral s'affaiblit et ni votre force, ni votre technique ne reposent plus sur rien.

L'histoire et la tradition dans son ensemble nous rappellent, par des récits, des contes initiatiques, des textes parfois vieux de plusieurs millénaires, que le combat, loin de se limiter à son aspect matériel, fait appel au moral autant qu'au physique. Nous tous, qui pratiquons le karaté, sommes parfois confrontés à des événements peu réjouissants dont les conséquences peuvent être graves ou même catastrophiques. Dans ces circonstances, ceux qui sauront garder la tête froide, l'esprit alerte, l'esprit budo, sauront alors ce qu'il faut faire.

Mais en auront-ils la force ?

Il existe, dans les textes sacrés hindous, une épopée sanscrite de 18 livres (106000 vers) c'est la "Mahabharata", "la Grande Guerre des Bharata", dont la portée religieuse est comparable à celle de la Bible. La partie centrale s'appelle "Bhagavad Gita" : "Le Chant du
Bienheureux" et débute sur les hésitations du prince Arjuna, sur le point de lancer un carnage épouvantable qui sera la bataille de Kurukshetra. Le conducteur de son char, le dieu Krishna, lui rappelle que là est son devoir, et son exhortation l'amène à évoquer les différents aspects du Yoga, par lequel il grandira dans cette guerre fratricide.

Au risque de vous lasser, en voici les différents aspects :
I      Le Yoga selon le Sankhya

II     Le Yoga de l'action

III    Le Yoga de la sagesse
IV    Le Yoga du renoncement à l'action

V     Le Yoga de la maîtrise de soi

VI    Le Yoga de la connaissance

VII   Le Yoga de l'indestructible suprême éternel

VIII  Le Yoga de la science royale et du mystère suprême

IX    Le Yoga de la souveraineté
X     Le Yoga de la vision de la forme universelle
XI    Le Yoga de la dévotion
XII   Le Yoga de la distinction entre le chant et le connaiseur du chant
XIII  Le Yoga de la séparation des trois qualités
XIV  Le Yoga de l'approche de l'esprit suprême
XV   Le Yoga de la distinction entre ce qui est divin et ce qui est démoniaque
XVI  Le Yoga de la triple division de la foi
XVII Le Yoga de la libération par le renoncement
Il en ressort que, même dans les pires circonstances, l'action est un devoir, mais ne sera "juste" que venant de celui qui cherche à s'accomplir,

- dans les arts martiaux japonais on parle de la Voie 道 Dō -

... qui cherche à s'harmoniser avec une conscience plus vaste.

La tradition ne consiste pas à imiter servilement le passé mais à en faire revivre l'esprit.
Voilà comment les anciens nous indiquent le chemin vers la force et la victoire.
 

    mardi 17 septembre 2019

    RESPECTEZ-VOUS !

    Ces deux mots sont suffisamment parlants en eux-mêmes pour qu'il n'y ait pas grand besoin d'y ajouter de commentaire. Mais tout de même...

    Il y a beaucoup de façons de se respecter. Toutes sont exigeantes, voire tyranniques. C'est ainsi, on ne peut pas se respecter à moitié, se respecter modérément. Mais personne n'y est absolument obligé, ce sera comme il plaira à chacun.

    Cela commence par votre corps qui doit être scrupuleusement entretenu et ne pas être intoxiqué. Mais on peut en dire autant de votre intelligence, de vos facultés de raisonnement (négligées, intoxiquées ?...).

    On continuera par les innombrables choses insaisissables que les Anciens nous ont laissées. En bref, il faut beaucoup de choses pour faire un homme (ou une femme, avec quelques nuances). 
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    Par dessus tout, respecte-toi.
    Pythagore
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    Il est assez facile de s'y tenir pendant quelque temps, mais au bout de quelques années, la tentation est grande de faire des concessions. Après, on ne peut plus arrêter. Alors, on se raconte des histoires, on se trouve des raisons, on met ça sur le compte de la maturité et la vie continue. On renonce à ce qui nous grandit en se disant que l'on est déjà grand et que tout va bien. Alors on risquera fort de prendre des libertés avec la parole donnée, la fidélité et l'élégance sous toutes ses formes.

    Mais vous allez bientôt être ceinture noire, à moins que vous ne le soyez déjà, alors, ce respect de soi, vous ne pouvez plus le relativiser. Vous ne pouvez plus faire machine arrière. Car maintenant, vous savez.

    Et c'est une chance !

    samedi 15 décembre 2018

    LE CASQUE DU SOLDAT MORT


     
    Une voie est rarement rectiligne. Celle des arts martiaux ne fait pas exception, elle peut même être particulièrement tortueuse.

    Ce que l'on y trouve au début, tout le monde peut, ou croit pouvoir le comprendre, mais elle est "éternelle à travers le temps" (*), elle n'a pas de fin.

    C'est donc un cheminement de toute une vie qui nous mènera, non plus à une "simple" compréhension intellectuelle, mais à une transformation, une réalisation, sans laquelle on peut parler d'une vie gaspillée.

    En voici un petit exemple...

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    Musashi



    Un soir d'été, je devais avoir douze ou treize ans, je rentrais à la maison après une de mes longues promenades dans la montagne lozérienne.

    A la main, le casque d'un soldat allemand ramassé dans les bois, et sur le visage le sourire aussi triomphal que si j'avais tué moi-même son propriétaire. Evidemment, lui et ses camarades étaient restés là depuis plus de dix ans, dans l'indifférence générale. La Résistance, guidant la R.A.F. (Royal Air Force) avait été à l'origine d'un vaste massacre et il nous arrivait fréquemment , dans ces forêts isolées, de trouver des restes d'équipement oubliés.

    Mon triomphe fut très vite tempéré...

    Ma mère, l'air pensif, considéra le casque de l'ennemi :
    "Tu vois, il était à peine plus âgé que toi, et sa mère l'a attendu, elle a pleuré, puisqu'il n'est jamais revenu. Et j'espère ne pas avoir à te pleurer moi aussi, et qu'aucun gamin ne trouvera ton casque".

    ~~oIIIo~~

    Quelques années plus tard, à Marseille, j'avais fait le mur du camp de transit de Sainte Marthe pour aller la voir avant le départ. Le lendemain, nous embarquions sur le "Président de Cazalet", direction l'Algérie. Et en la voyant si triste, j'ai repensé au casque de l'Allemand.

    ~~oIIIo~~

    Beaucoup plus tard, au Japon, parmi d'autres techniques avancées, on m'a appris que l'efficacité en combat serait augmentée si je percevais l'adversaire comme un autre moi-même. Un peu comme les deux mains sont reliées l'une à l'autre. J'étais désormais plus vieux sans doute que cet Allemand, mais je n'ai jamais pu m'empêcher de faire le rapprochement comme s'il était aussi moi-même.

    Il ne s'agit surtout pas d'angélisme, puisqu'il faut bien évidemment gagner, et pas seulement de respect de l'adversaire dont on parle parfois sans savoir. C'est autre chose.

    Mais au fond de vous, vous savez peut-être déjà.

    vendredi 5 octobre 2018

    DANS LA PAIX...



    (Image empruntée au site http://safarinet.canalblog.com)

     












    Dans la paix, rien de tel pour devenir homme
    Que réserve tranquille et humilité,
    Mais si tu entends le souffle de la guerre,
    Alors imite le tigre :
    Durcis tes muscles, excite ton sang,
    Cache ta loyauté
    (*) sous une rage froide,
    Donne enfin à ton regard un éclat terrifiant,
    [...]



    Shakespeare - Henri V - Acte III, Scène I 

    _____________________________________________________________
    (*) Sous entendu "loyauté dans le combat" ("fair fight" = "combat loyal")



    Et pour les puristes...

    In peace there’s nothing so becomes a man
    As modest stillness and humility,
    But when the blast of war blows in our ears,
    Then imitate the action of the tiger:
    Stiffen the sinews, summon up the blood,
    Disguise fair nature with hard-favored rage,
    Then lend the eye a terrible aspect,

    [...]

    mercredi 6 juin 2018

    DE LA NECESSITE DE LA CULTURE (4)

    LA BATAILLE DE LEPANTE
    __________________________

    Il arrive parfois que des civilisations meurent, disparaissent corps et biens, pour ne laisser après elles que des souvenirs déformés par le vainqueur. Il est rare que le changement se fasse dans la douceur et il faut même parfois se résoudre à des comportements brutaux si on prétend survivre.

    La bataille. Elle eut lieu le 7 octobre 1571 et opposa la flotte turque à celle de l'alliance chrétienne "...comprenant des escadres vénitiennes et espagnoles renforcées de galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, le tout réuni sous le nom de Sainte-Ligue à l'initiative du pape Pie V." (*) La France de François 1er s'abstint.
    Le choc eut lieu à proximité de Lépante (aujourd'hui Naupacte), en Grèce et chacun des adversaires - Ali Pacha (ou Ali Moezzin) côté turc et Don Juan d'Autriche, commandant de la flotte côté chrétien - était résolu à s'imposer.

    Pour la civilisation et les états chrétiens, c'était une question de survie car la Méditerranée était presque entièrement aux mains des musulmans. En 1453 ils avaient pris Constantinople (actuellement Istanbul), provoquant un massacre hallucinant. Puis en 1565 ce fut le siège de Malte, défendue notamment par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, anciennement Hospitaliers, contemporains des Templiers. Depuis, on les nomme Chevaliers de Malte. Là aussi, les documents d'époque retracent une horreur inimaginable qui dura tout un été avant que les musulmans ne renoncent et se retirent.

    Pour en revenir à la bataille navale de Lépante, elle ne dura qu'une journée, mais opposa à peu près 300 galères et autres navires de guerre pour chaque camp et se solda par des dizaines de milliers de morts et de blessés irrécupérables, sur les 200 000 combattants. Ali Pacha, l'amiral turc, fut pris et décapité, 15 000 captifs libérés et l'avancée de nos adversaires suspendue de façon durable.
    La bataille de Lépante par Andries van Eertvelt (1590 - 1652)

    Au vu de ces tueries et de ces épouvantes, on pourra s'interroger sur la place de la culture et des gens cultivés dans un pareil contexte.

    Et pourtant...

    Couverture de
    "Don Quichotte pour les enfants"
    par Telory, 1850
    Vous connaissez "Don Quichotte" ? Sûrement... Ce roman, qualifié plus tard de "picaresque, de "parodique" également. On se souvient des moulins à vent, de Sancho Pança, du cheval Rossinante et de la "Dame", Dulcinée du Toboso. A lire et à relire, car plein d'enseignements.

    L'auteur s'appelait Miguel de Cervantes Saavedra. Il perdit sa main gauche en combattant le Turc à Lépante et fut fait prisonnier par les pirates barbaresques à son retour. Quatre tentatives d'évasion ratées (depuis Alger), esclave puis racheté en 1580. Il publia "Don Quichotte" en 1605 et 1615 (seconde partie).

    Les grands aventuriers, les grands combattants sont parfois de grands penseurs...

    Fort heureusement.

    A bientôt.



    (*) Wikipédia - Bataille de Lépante - extrait le 06.06.2018


    jeudi 17 mai 2018

    DE LA NECESSITE DE LA CULTURE (3)

    L'Inde, après le passage de Mahatma Gandhi, a laissé à l'occident l'image d'une société et d'un peuple non-violents. C'est en partie vrai, au moins pour les adeptes de la religion jaïn, une des plus anciennes du pays, et dans laquelle, plus tard, le boudhisme a puisé les côtés pacifistes de ses enseignements.

    Il n'en reste pas moins que la seconde caste du pays, après celle des brahmanes, est celle des kshatrya, des guerriers, et qu'un des livres saints de l'hindouisme, le Māhābharata, (18 livres), est un immense poème guerrier. Le livre central en est la Baghavad Gita (Le Chant du Bienheureux). Dans ses dix huit chapitres, ce livre situe son action lors de la bataille de Kurukshetra. Le roi Arjuna, sur le point de lancer le combat, hésite devant l'horreur du carnage à venir, d'autant plus qu'il reconnaît des parents et des amis dans les rangs adverses.

    Le conducteur de son char, Krishna, le dieu bleu, séducteur des bergères, l'encourage à tenir son rôle de guerrier, et il s'ensuit un dialogue d'une sidérante profondeur psychologique et un exposé du yoga. Vous avez bien lu : le dieu Krishna enseigne le yoga à partir du mental de la guerre.


    Krishna et Arjuna sur le champ de bataille de Kurukshetra
    (illustration du XVIIIe et XIXe siècles) - source : Wikipedia

    En fait, il est ici question de trois branches fondamentales: dévotion (bhakti yoga), connaissance (jñāna yoga), action (karma yoga). Et ce sont les trois caractéristiques indispensables au guerrier.

    Une des premières constatations est que le dévôt (bhakti), pour être réalisé et accomplir la plénitude de la vie, devra approfondir la connaissance (jñāna) et les actes, y compris violents (karma). En fait, chacun des trois aspects du yoga sera inséparable des deux autres.

    On estime que la Baghavad Gita a été écrite vers 500 ans av. J.C. mais qu'elle est la transcription d'un enseignement oral beaucoup plus arachaïque (environ 5000 ans av. J.C.). Il est à noter que ces gigantesques poèmes étaient appris par coeur. De même, d'ailleurs, que chez nous, les connaissances nécessaires pour construire une cathédrale.

    Ceci pour nous rappeler ce qu'est la mémoire...


    A bientôt !

    vendredi 4 mai 2018

    DE LA NECESSITE DE LA CULTURE (2)

    Les samouraïs japonais, nous l'avons vu, avaient une obligation éthique et sociale de se différencier des simples brutes, des simples tueurs auxquels il manquait tout de même une dimension, même s'ils étaient redoutables.

    La chevalerie européenne, on le sait, fut très vite tenue à des obligations semblables. Un bel exemple nous est donné par un roman de chevalerie, roman initiatique passionnant écrit au XIIe siècle par Chrétien de Troyes : Perceval ou le Conte du Graal .

    Illustration Walter Crane (1845-1915)
    ("King Arthur's Knights")
    Perceval, fils d'un chevalier mort au combat et élevé par sa mère, pauvre et isolée de tout, veut lui-même être chevalier, alors qu'il ne possède pas les codes et n'a pas reçu l'initiation. Dès lors, il s'imagine qu'il suffit de porter le haubert et les armes, et de vaincre en combat. Evidemment, ça ne suffit pas.

    Un champion, même bien vêtu et entouré de flatteuses relations, n'est pas pour autant un chevalier, bien entendu. A telle enseigne que, même reçu à la table du Roi, en présence des chevaliers de sa cour (de vrais chevaliers ceux-là), il laisse à deux reprises le Graal lui échapper, pour une erreur, minime à ses yeux, et pourtant fondamentale .

    Je ne vous en dis pas plus, vous découvrirez tout cela en lisant l'oeuvre de Chrétien de Troyes (1).

    Les connaissances, les codes, et surtout l'initiation indispensable pour s'intégrer à la chaîne, à la lignée, différencient le chevalier du tueur, il faut s'en souvenir. Le Graal, au départ un plat pour la table, désignera par la suite un calice ayant contenu le sang du Christ sur la croix, et par extension, ce sera la recherche, la quête d'un idéal presque inaccessible pour l'initié.

    Cette quête sera spirituelle autant que culturelle

    A bientôt !


    _____________________________
    (1) L'édition qui me semble la plus accessible est : Perceval ou le Conte du Graal - Classiques de Poche - Le Livre de Poche.

    mardi 24 avril 2018

    DE LA NECESSITE DE LA CULTURE (1)

    Jusqu'à une date récente, le mot "culture" désignait ce qui caractérisait les gens cultivés. Dans ce billet et dans ceux qui vont suivre, nous retiendrons donc ce sens-là pour éviter certaines imprécisions.

    Les budōka ont par nature des affinités avec la culture japonaise. Je vous propose donc cet extrait du "BUDŌ SHOSHIN SHŪ" (武道初心集), "Lectures élémentaires sur le Bushidō" (traduction par Taro Banzaï), de Daidōji Yūzan (1639 - 1730).

    D'autres suivront très prochainement.

    De l'éducation.
    Le samouraï est promis à des tâches d'une nature supérieure aux travaux des trois autres castes (les agriculteurs, les artisans et les commerçants). Aussi doit-il s'instruire et connaître les raisons de toutes choses.
    A l'époque des guerres intérieures, toutefois, un samouraï, à quinze ou seize ans était déjà un adulte. Son entraînement au maniement des armes commençait vers douze ou treize ans. Aussi n'avait-il guère le temps de s'attabler à un bureau pour lire ou écrire. C'était donc une époque où beaucoup de samouraïs ne savaient ni lire ni écrire.
    On ne saurait cependant les accuser de paresse, ni reprocher à leurs parents d'avoir négligé leur éducation : c'est que les exercices de maniement d'armes étaient pour eux la chose la plus urgente.
    Maintenant que la paix est revenue, on ne doit pas pour autant, cela va de soi, négliger l'entraînement des armes ; mais on n'est pourtant pas obligé d'aller faire la guerre dès l'âge de quinze ou seize ans, comme les samouraïs de l'époque des guerres intérieures.
    Un fils de samouraï doit donc, dès l'âge de sept ou huit ans, commencer à lire les quatre livres de Confucius (1), les cinq livres des paroles sacrées (1) et les sept livres de la guerre (2). Il convient aussi qu'il s'entraîne à des exercices d'écriture, et poursuive toutes ses études sans négligence.
    Lorsqu'il atteint l'âge de quinze ou seize ans, il doit s'exercer au tir à l'arc, à l'équitation, ainsi qu'aux autres exercices armés.
    Kennosuke - personnage
    éponyme de manga
    de Akira Toriyama
    Voilà ce qu'un samouraï, à notre époque de paix, doit faire accomplir à ses enfants, pour assurer leur instruction.
    L'analphabétisme des samouraïs de l'époque des guerres intérieures est sans doute excusable. Mais le manque de culture des samouraïs de notre époque pacifique ne saurait en aucune façon trouver une justification.

    Certes, ce ne sont pas ici les enfants qui sont responsables ; la faute, il faut le dire, n'en revient qu'à la négligence de leurs parents, qui ne savent pas comment aujourd'hui les enfants doivent être aimés.
    J'ai noté ces réflexions pour que les jeunes samouraïs sachent dans quelle disposition ils doivent demeurer.


    ___________________________________
    (1) Livres de confucianisme d'origine chinoise.
    (2) Livres stratégiques d'origine chinoise.

     A très bientôt.
    Frédéric

    mercredi 14 février 2018

    LA SIGNIFICATION PROFONDE DES EVENEMENTS

    Voulez-vous comprendre le karate, c'est-à-dire comprendre comment on progresse ? Le principe est assez simple : il faut s'entraîner - en plus de tout le reste - à déceler la signification profonde des événements, et de tout ce que nous percevons.


    Vous croyez que ça ne sert à rien ? Essayez, ne serait-ce que quelques semaines...

    Pour percevoir le sens caché des événements, il ne suffit pas de réfléchir sur ce que l'on perçoit, mais il faut faire des recoupements, des comparaisons avec ce que nous savons déjà, par expérience personnelle ou par ce que d'autres nous ont appris. Ceux qui ne lisent pas manquent de documentation, bien sûr, et on pourra ainsi leur faire avaler n'importe quoi. Leur esprit critique, privé d'aliments, ne pourra pas agir, et dans la vie comme dans le combat ils seront facile à manoeuvrer, à tromper. L'esprit de discernement doit se travailler à chaque instant, mais évidemment, si c'est au-dessus de leur forces...

    Ce n'est pourtant pas une question de force, vous le savez bien ! Ce n'est pas non plus une question de volonté, mais plutôt une question de volition (vous comprenez la différence ?). La volonté a un côté inébranlable, passant à travers les obstacles. Il paraît qu'avec de la volonté, on arrive même à arrêter de fumer ! La volition (action de vouloir, tout simplement), souvent liée à une idée de plaisir : "Je veux prendre une année sabbatique" (*) est plus souple, ses effets durent longtemps et mènent tranquillement au but souhaité. Et avec beaucoup moins d'effets pervers. Je suis sûr que vous comprenez la différence.

    En bref, quand vous vous intéressez à une chose, intéressez-vous à ses causes et à sa signification.


    Ah, j'oubliais : c''est l'affaire de toute une vie !


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    (*) Initialement je pensais dire "je veux rien foutre de toutes mes vacances !"

    mardi 21 novembre 2017

    LE RYTHME

    Tout ce que nous percevons comme une réalité n'existe tout simplement pas.

    Nos organes des sens, puis notre cerveau transforment en images intelligibles ce qui est "seulement" un train d'ondes. Et une onde est un rythme, même si nous ne pouvons pas la percevoir comme telle. Nous pouvons percevoir un rythme dans un son, dans un mouvement, mais c'est à peu près tout. En fait, même les objets en apparence inertes, qui sont pourtant la manifestation des ondes qui les composent, nous paraissent désespérément inertes. C'est le cas des minéraux par exemple.

    Nous pouvons pourtant aller plus loin. Il faudra pour cela libérer une acuité sensorielle, une sorte d'intuition qui nous permettra, ans une certaine mesure, de ressentir le rythme de tout ce qui nous entoure. Ce sera le mouvement d'un être vivant, bien sûr, mais aussi d'un objet immobile : un paysage, un arbre, un bâtiment, une pièce meublée ou non...

    Un combattant s'efforcera d'en prendre la mesure.  

    Les rythmes musicaux sont les plus faciles à ressentir. Nous savons que les tambours de guerre dirigeaient et dynamisaient les batailles, que l'ennemi vainqueur défilait dans la ville vaincue, musique en tête et tambour battant. Le message était clair. Le message est même si clair dans la mémoire collective que certains adversaires n'attendent même plus d'avoir notre capitulation pour nous infliger le tempo de leurs percussions jusqu'au milieu de nos villes, nos villages, nos maisons.

    Ce n'est sans doute pas par hasard que la Russie Soviétique interdisait totalement l'écoute des rythmes américains jusqu'à au moins 1975.

    De par son passé, ses traditions et son éducation, chaque combattant suit sa propre musique, celle de son peuple, de ses ancêtres.


    Nous étudions le karate, issu de la pensée japonaise et peut-être éprouvez-vous une impression de "déjà-vu" en écoutant et en voyant leurs tambours.

    Nous pouvons, bien sûr, avoir des amis dans chaque peuple, mais aussi des ennemis.

    Écoutons leurs tambours et peut-être comprendrons-nous mieux leur conception du combat. Elle est souvent visible à travers leurs rythmes.

    mercredi 18 octobre 2017

    LES THEORIES SECURISANTES

    Je suis toujours frappé par le sérieux imperturbable avec lequel les théories censées nous sécuriser, et en réalité ne reposant sur rien, me sont régulièrement assénées par des adeptes d'un conformisme à la mode... et qui n'ont jamais eu à affronter le danger, la peur et tout ce qui va avec, bien sûr.

    Il est toujours facile de camoufler ses faiblesses, pourtant bien compréhensibles, derrière des affirmations sans fondement, mais qui, à force d'être entendues, finissent par paraître vraies. Beaucoup de gens ont des vies difficiles, parfois même décourageantes, à tel point qu'on peut comprendre cette tendance à se réfugier dans le rêve conformiste. Mais quand même...

    Il n'est pas besoin d'être grand psychologue pour se rendre compte que, à peine sortis d'une adolescence passée à avaler les affirmations les plus débiles (et les plus débilitantes), la plupart des gens ont peur, très peur même, et sans oser se l'avouer. Peur résignée, peur agressive le plus souvent, aiguë ou diffuse, mais peur permanente qui fait de profonds ravages dans des psychismes déjà affaiblis (on sait qu'une personne sur cinq (cinq !) souffre de troubles psychiatriques). Alors on nous explique qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter, que c'est de la parano (oui... et alors ?) et qu'il ne faut pas être négatif. C'est quand même un peu léger. Heureusement, il existe des positions plus sérieuses.

    Être sérieux, c'est tout d'abord évaluer la situation (je dis "situation" par manière de politesse) le plus objectivement possible, à l'aide du plus grand nombre d'informations possible et en laissant de côté, si possible, nos convictions morales et autres pré-jugés. Et là, seulement, on pourra décider de la conduite à tenir, mais en toute connaissance de cause et en fonction de notre tempérament et de nos capacités.

    Curieusement, on observe que des doctrines très opposées peuvent donner la victoire. Par exemple : les premiers chrétiens ont, dans un premier temps, accepté et, paraît-il, recherché le martyr... et ils ont fini par triompher ! Les Américains ont lancé des bombes atomiques... et ils ont triomphé ! Aucun des deux, cependant, n'a fait les choses à moitié, n'en déplaise aux partisans du "juste milieu".

    Le danger, en tout cas, est une expérience profonde et il serait dommage de refuser de voir à quel point... A nous de trouver la suite. Mais la permanence du danger est une expérience usante, dévastatrice parfois, et tout nous pousse à faire des concessions, à renoncer, à capituler...

    On trouve toujours - ou presque - des consolations dans la capitulation, et on essaie de croire que ce sont des avantages. Mais ce n'est que rarement le cas. En réalité, la capitulation est une démarche assez facile qui conduit à une expérience épouvantable.

    Réfléchissons-y bien.

    vendredi 24 février 2017

    LES PETITS ABANDONS ENTRAINENT LES GRANDS - Ch. De Gaulle

    Ceux qui ont vécu à l'époque de Charles de Gaulle se souviennent sans doute qu'en matière d'abandon, il savait de quoi il parlait !...

    Et voilà bien une question qui concerne les pratiquants d'arts martiaux car il est facile de constater que notre pratique se situe exactement à l'inverse de ce qu'on peut également appeler le laisser-aller.

    Il existe toutes sortes de petits abandons : dans sa tenue vestimentaire, dans ses façons de parler, dans son estime de soi, etc. Il est toujours facile et agréable de renoncer à ce qui demande un peu de rigueur, en un mot de faire quelque entorse à ce qui nous maintiendrait sur la "voie". Bien sûr, on n'ira pas tout de suite jusqu'à la clochardisation, mais il ne faut pas oublier qu'il y a en nous de très puissantes forces qui nous y poussent.

    Celui qui abandonne son entraînement, ou même qui le néglige risque de se retrouver avec un corps à l'abandon (adieu santé, adieu pouvoir de séduction, adieu capacité de se défendre).

    (extrait de http://info-tabac.ca)

    Celui qui abandonne l'étude et la lecture ira vers une diminution intellectuelle, qui lui aurait pourtant été bien utile.

    Celui qui adoptera des positions avachies le paiera lui aussi tôt ou tard.


    Un écrivain célèbre (*) disait : "A force de faire des concessions, on finit par en avoir une à perpétuité". Une "concession à perpétuité" désigne le statut d'occupation des sols accordé à un tombeau...

    Capituler devant les exigences de son conjoint, de ses enfants, de son patron est aussi un abandon, qui sera bien sûr justifié comme il se doit.


    Si encore les choses pouvaient en rester là !...

    Je me souviens d'un professeur de karate qui soutenait que l'on pouvait pratiquer tout en buvant des boissons alcoolisées, à condition de "ne pas abuser". Certes, mais il pesait plus de cent kilos et ne ressemblait vraiment plus à rien.

    La vérité, c'est qu'on n'en reste jamais là. Quand on commence à glisser sur la pente savonneuse, la vitesse ne peut qu'augmenter. On sera moins rigoureux sur l'exactitude pour nos rendez-vous, on prendra des libertés avec la parole donnée (oui, mais j'ai dit ça comme ça...).

    Il n'est pas toujours facile de discerner où est la bonne décision, qui est toujours un mélange de rigueur et de souplesse, mais, pour résumer, je pense que la courte formule de de Gaulle pourrait bien constituer un excellent repère.
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    (*) Jacques STERNBERG - 1923-2006 

    lundi 23 janvier 2017

    COMME PROMIS 。。。

    Bun Bu Ryō Dō
    J'ai déjà évoqué la composante "voie" dans la pratique des arts martiaux.

    Beaucoup de pratiquants l'évoquent en rappelant que le mot "" est accolé à la fin du nom de leur art (jūdō, karatedō, kyūdō, etc.) mais bien peu la suivent avec constance et résolution.

    Le caractère 道 se traduit par "voie", se lit "" à la fin d'un mot et "michi" quand il est isolé. En chinois on lit "tao" et les taoïstes sont des adeptes de la pensée de Lao Tseu, l'auteur du "Tao te King", le livre de la voie. 

    La voie des arts martiaux (budō) peut paraître austère mais en réalité, elle est assez facile. Pour la suivre, il suffit de ne s'en écarter sous aucun prétexte.

    Les principes que l'on y trouve sont vrais, car ils s'appliquent à toutes les situations que l'on rencontre dans les autres domaines. Ainsi, si tout le monde pratiquait les arts martiaux (qui sont à l'opposé des sports de combat), une multitude d'erreurs, et donc d'expériences dramatiques pourraient être évitées.

    J'ai souvent entendu dire que pour certains, les arts martiaux étaient une passion. Pour ma part, je préfèrerais parler d'un idéal. En effet, les passions n'ont qu'un temps alors qu'un idéal est immuable. Il en va de même pour la Voie, dont Musashi disait qu'elle est "immuable à travers le temps". Si une voie est une recherche d'idéal, de perfection, cet état d'esprit nous conduira à des capacités physiques et mentales dont n'ont pas idée les profanes.

    Il existe une maxime qui, en japonais, se dit "Bun Bu Ryō Dō (文武両道 ), c'est-à-dire la voie par la culture et le combat ensemble, et qui est souvent calligraphiée. Il s'agit donc d'une recherche qui ne doit rien exclure, une amélioration permanente dans tous les domaines et qui n'est compatible avec aucune concession. Cette démarche inclut une amélioration de nos connaissances, de notre santé, de notre intuition, de notre capacité à repérer les mauvais conseilleurs et à s'en écarter, et elle peut parfois sembler austère. C'est oublier la composante plaisir (les plaisirs naturels, pas les drogues, l'alcool, la gastronomie, les musiques assourdissantes, etc.) qui ne devra jamais être négligée et devra imprégner toute notre vie.

    Et n'oubliez pas de bien vous reposer...

    N'abandonnez jamais la voie des arts martiaux ("Bu Dō")